Du 20 au 24 juillet 1944, en pleine nuit, le capitaine SS Aloïs Brunner, chargé des questions juives de la région parisienne, fait arrêter 250 enfants. Entassés dans des autobus, ils sont transférés à Drancy. Le 31 juillet 1944, ils partent, 60 par wagons, "vers l'Est", à Auschwitz- Birkenau.
Ils vivaient dans des orphelinats à Paris ,à Montreuil, à Neuilly, à Vincennes, à Saint-Mandé, à La Varenne Saint-Hilaire et à Louveciennes.
A Louveciennes, place Émile Dreux, est apposée une plaque en mémoire de la rafle de 34 enfants juifs et de leurs 5 moniteurs dans l’orphelinat de l’Union générale des israélites de France (UGIF). Il n’y eut que 3 survivants.
A l’occasion du 60ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, l’association Ensemble-Autrement de Bougival et Louveciennes a rendu hommage à ces victimes de la barbarie nazie le dimanche 6 février à 11h00 devant la plaque commémorative place Dreux à Louveciennes.
A cette occasion, Martine Frachon a lu un texte rédigé à la mémoire de Myriam, une de ses amies qui a fait partie du convoi de déportés (voir ci-dessous).
Après cette lecture, Pierre Marque a déposé une gerbe à la mémoire des victimes. Une minute de silence a ensuite été respectée.
Martine Frachon nous a aimablement prêté une photo de classe prise en 1943/44 avec Myriam, que nous vous présentons dans cette page, ainsi que quelques photos prises à l'occasion de la cérémonie.
Allocution de Martine Frachon lors de la cérémonie du 6 février 2005
Louveciennes lors de la deuxième guerre mondiale était une petite commune rurale de 900 habitants environ. Tout y était calme et se passait apparemment tranquillement. Habitués à un joli cadre de vie rien ne semblait avoir bougé. Les bombardements nous épargnaient malgré les dégâts alentours notamment des boucles de la Seine et de ses usines. Les habitants étaient plutôt sereins, même si l’on se rendait compte en observant la population que l’on parlait plus bas et que certains peut être ne se côtoyaient plus beaucoup. Les provisions ne manquaient pas, la commune était riche de ses cultivateurs et la plupart des habitants s’étaient mis à cultiver, labourer et semer. Les terrains ne manquaient pas. Les pressoirs avaient été remis en état et l’on pressait les pommes, parfois même les raisins.
Et pourtant Louveciennes n’était plus la même. Quelques années auparavant les élus avec fierté avaient inauguré la nouvelle école publique. Grande, spacieuse, les filles d’un côté et les garçons de l’autre, une école maternelle en plus. Elle était si jolie notre école que les Allemands aussi l’ont beaucoup aimée et nous en ont chassé pour s’y installer. Ils ont beaucoup aimé aussi les châteaux de notre commune et réquisitionnèrent celui de la Résidence Dauphine et celui du Parc du Château. La Kommandantur s’y installa. Souvent ils défilaient dans nos rues avec leurs chiens et leurs chants.
En cette année 43/44, tous les enfants chassés de leur école publique ont été accueillis dans l’actuelle mairie ; toujours les filles d’un côté et les garçons de l’autre.
35 filles de 6 à 14 ans étaient installées dans le hall d’entrée.
Madame GERVAIS la directrice a fait l’appel et nous a présenté une nouvelle élève elle s’appelait Myriam, mais Myriam comment ? Je ne sais pas, il n’était pas traditionnel de nous appeler par nos noms de famille. Tout le monde connaissait tout le monde. Ce que l’on savait c’est qu’elle avait sept ans. Elle travaillait bien, attentive mais toujours un peu triste. C’était mon amie.
Quelle merveilleuse idée à eu ce photographe scolaire de fixer à tout jamais ces 35 visages sur la photo. Elle était à côté de moi au fond de la classe dans la petite division sous le regard attentif et protecteur de Madame PASSY notre maîtresse. L’année s’écoula tout semblait en ordre. Personne ne s’interrogeait. Les vacances sont arrivées mais ce n’était pas vraiment une séparation car nous nous retrouverions les unes et les autres à la rentrée prochaine. D’ailleurs dans cette époque difficile tout le monde restait à Louveciennes.
Oui mais le 15 octobre 44, en ce jour de rentrée, il manquait une élève. C’était Myriam. Pas de nouvelle, rien. Personne n’en a parlé. Aux questions que l’on posait aux uns et autres il n’y avait jamais de réponse. Des rumeurs et des noms ont circulé. Peut être, sûrement d’ailleurs, les adultes savaient. Mais voilà moi j’avais huit ans et il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre ce qui était arrivé. Comprendre que Myriam et ses 33 amis juifs avec les cinq moniteurs qui les accompagnaient avaient été arrêtés à la fin du mois de juillet 44, et emmenés à Drancy. Le 31 juillet 44 ils étaient partis dans ces 60 wagons qui les emmenaient au camp d’Auschwitz / Birkenau vers leur fatale destinée, victimes de la barbarie nazie.
L’indifférence et la mauvaise conscience ont recouvert d’un voile pudique cette période trouble et peu glorieuse de l’histoire de notre commune. Ne plus en parler c’était peut être oublier. Se souvenir c’était certainement avoir mauvaise conscience.
Alors, plus personne n’en a parlé.
Myriam, Louveciennes a manqué t’oublier toi et tes amis : l’on n'aime pas beaucoup aujourd’hui encore se souvenir et c’est dans la plus grande discrétion que nous vous honorons aujourd’hui. Je suis sûre que cela ne t’aurait pas déplu car le souvenir, le vrai, le profond s’accommode mal de superflus.
A l'heure où montent l'individualisme, l'intolérance et l'irrespect de l'histoire, laissons aux historiens le soin de nous narrer l’histoire avec ses vérités et ses imperfections et ne leur demandons pas de témoigner à notre place de notre histoire communale.
Aujourd’hui par votre présence vous honorez ces 34 enfants juifs et leurs 5 accompagnateurs et vous maintenez leur souvenir à tout jamais gravé dans l’histoire de notre commune.
Si nous voulons absolument que les jeunes n’oublient pas cette horrible période de notre histoire contemporaine où délation et crime se côtoyaient à tous les instants, nous devons constamment autour de ces évènements locaux leur rappeler et leur expliquer ce qui peut se passer si l’on y prête pas attention.
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